• La victoire de Guernica

     

     

    La victoire de Guernica

    Le 26 avril 1937, les avions de l’armée allemande bombardent la ville de Guernica pendant 3 heures. Bilan 2000 morts. Le tableau de Picasso symbolise de la guerre dans son horreur. Le poème La victoire de Guernica a été inspiré par ce fait historique et par le tableau de Picasso.

    Paul Eluard (1895-1952) va écrire ce poème pour dénoncer la barbarie de la guerre d’Espagne.

    La victoire de Guernica

    I


    Beau monde des masures
    De la nuit et des champs

    II


    Visages bons au feu visages bons au fond
    Aux refus à la nuit aux injures aux coups

    III


    Visages bons à tout
    Voici le vide qui vous fixe
    Votre mort va servir d'exemple

    IV


    La mort coeur renversé

    V


    Ils vous ont fait payer le pain
    Le ciel la terre l'eau le sommeil
    Et la misère
    De votre vie

    VI


    Ils disaient désirer la bonne intelligence
    Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
    Faisaient l'aumône partageaient un sou en deux
    Ils saluaient les cadavres
    Ils s'accablaient de politesses

    VII


    Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde

    VIII


    Les femmes les enfants ont le même trésor
    De feuilles vertes de printemps et de lait pur
    Et de durée
    Dans leurs yeux purs

    IX


    Les femmes les enfants ont le même trésor
    Dans les yeux
    Les hommes le défendent comme ils peuvent

    X


    Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
    Dans les yeux
    Chacun montre son sang

    XI


    La peur et le courage de vivre et de mourir
    La mort si difficile et si facile

    XII


    Hommes pour qui ce trésor fut chanté
    Hommes pour qui ce trésor fut gâché

    XIII


    Hommes réels pour qui le désespoir
    Alimente le feu dévorant de l'espoir
    Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir

    XIV


    Parias la mort la terre et la hideur
    De nos ennemis ont la couleur
    Monotone de notre nuit
    Nous en aurons raison.

    Paul Eluard, Cours naturel, 1938